mercredi 6 février 2019

Quelle différence entre le calendrier chinois et le calendrier milésien ?

La nouvelle lune moyenne de secondème

A l'occasion du nouvel an chinois, comparons la manière occidentale à la manière chinoise de décomposer l'année.


Bonne entrée dans l'année du Cochon de terre ! La nouvelle lune moyenne tombe le 16 secondème (4 février) vers 20 h 35 heure de Paris, soit à Shanghaï le 17 secondème (5 février) à 3 h 35. Vérifiez-le donc avec l'horloge milésienne : vous programmez la date et l'heure de Paris ci-dessus,  vous choisissez le format "texte complet", le calendrier "chinois traditionnel", la zone horaire "Asia/Shanghai". Vous lisez le 1 "zhēngyuè" (1er mois) de l'an 36 de l'ère 78 selon le calendrier chinois traditionnel.

Le nouvel an au cœur de l'hiver

Bien que le nouvel an chinois soit relativement connu même en France, presque personne ne connaît le calendrier chinois. C'est un calendrier luni-solaire: les mois correspondent aux lunaisons, mais le début d'année est défini par rapport au solstice d'hiver. Précisément, le nouvel an est la seconde nouvelle lune après le solstice, observée à Nankin (qui n'est qu'à 3 degrés de longitude à l'ouest de Shanghaï, référence actuelle pour les fuseaux horaires). En calendrier milésien, c'est la nouvelle lune de secondème. Il convient toutefois d'approfondir les calculs si cette nouvelle lune tombe le 1er ou le 31 secondème.

Bref le début de l'année correspond au cœur de l'hiver. C'est particulièrement emblématique en 2019, où il tombe au milieu du mois de secondème. A cette époque, on perçoit déjà l'allongement des jours, mais les océans de l'hémisphère nord continuent de refroidir jusqu'au 1er tertème.


Suivre les saisons avec les mois lunaires

Le calendrier chinois, comme ceux des autres civilisations, permet de suivre les saisons pour rythmer les travaux agricoles. A cette fin, les astronomes chinois ont découpé l'écliptique, chemin du soleil dans le ciel, en douze parties égales, qui correspondent à nos douze signes zodiacaux. Chaque mois lunaire est censé contenir un jalon de changement de signe. Ainsi, depuis 256 av. J.-C., le mois lunaire numéroté 11 est défini comme celui contenant le solstice d'hiver, entrée du Capricorne.

Si, pendant un mois lunaire, le soleil ne passe pas dans un nouveau signe, ce mois est déclaré intercalaire. Il est le redoublement du mois précédent. Toutefois un nouveau mois intercalaire ne pourra pas être déclaré moins de 20 mois après le précédent.

Cette règle d'intercalation maintient un lien permanent entre chaque mois lunaire et la saison qu'il représente. Les références de base de ce calendrier sont les mois lunaires, que chacun peut observer. Et chaque mois lunaire désigne un jalon de la course du soleil sur l'écliptique. C'est ainsi que les Chinois suivent les mouvements saisonniers: ils les placent dans un référentiel de mois lunaires.

Un choix de début d'année qui pourrait être remis en question

Les astronomes chinois de l'Antiquité avaient observé que le mois du solstice d'hiver n'était jamais redoublé. Le passage dans le signe du Capricorne dure toujours moins de temps qu'une lunaison. C'est une des raisons qui les ont poussés à définir un mois particulier par rapport au solstice d'hiver, avec la certitude que cette définition ne pourrait être ambiguë.

Lorsqu'ils ont fait ce choix, vers 256 av. J.-C., le périhélie, passage de la Terre au plus près du Soleil, avait lieu en douzème, le soleil étant en Verseau, moins d'un mois avant le solstice. Or, à proximité du périhélie, la Terre avance plus vite que dans les autres moments de sa révolution. C'est pourquoi le soleil parcourt un signe du Zodiaque en moins d'un mois lunaire.

Toutefois, avec la précession des équinoxes et d'autres effets sur le mouvement de la Terre, la date de passage au périhélie se décale lentement au cours du temps. Vers 1248, la Terre passait au périhélie presqu'au moment du solstice d'hiver. A notre époque, c'est entre le 12 et le 15 unème. Encore quelques siècles ou millénaires, et le soleil parcourra l'écliptique bien plus lentement au moment du solstice d'hiver. Et il se pourrait bien que pendant la lunaison qui suivra immédiatement ce solstice, le soleil n'ait pas le temps de passer de Capricorne à Verseau. Faudra-t-il ou non considérer ce mois comme mois intercalaire redoublant le mois 11? Faudra-t-il changer la règle ?

Le calendrier milésien insensible à la dérive du périhélie

Depuis le choix stratégique de Jules César en 46 av. J.-C., l'Occident divise l'année en douze parties presqu'égales, sans tenir compte des lunaisons. Le calendrier milésien consacre ce choix, en rendant les mois égaux au jour près, et en faisant démarrer l'année au solstice d'hiver. Le périhélie peut dévier, les mois milésiens ne sont pas remis en question. Bien plus, puisque les solstices et équinoxes vrais sont calculés chaque année, tout utilisateur du calendrier milésien peut constater immédiatement quelles saisons vraies sont les plus longues ou les plus courtes. La brièveté de l'hiver en contraste avec la durée de l'été sont immédiatement visibles.

Le calendrier milésien indique la lune par rapport au saisons

La différence essentielle du calendrier milésien, en regard du calendrier chinois, est de prendre le cycle des saisons pour référence, quitte à indiquer les mouvements lunaires dans ce cycle. Ainsi, le calendrier milésien donne l'épacte de chaque année, permettant d'évaluer la lune tout au long de l'année. Il donne aussi le clavedi, permettant de calculer les jours de semaine. Les astronomes du Moyen-Âge avaient bien essayé de définir les mois lunaires dans le calendrier julien, et la réforme grégorienne a approfondi cet effort en le focalisant sur le calcul de la date de Pâques. Mais il faut bien reconnaître que l'irrégularité des mois juliens, notamment le mois de février placé en seconde position, ont réduit à néant les tentatives pour s'approprier les calculs de lune et même de jour de semaine. Le calendrier milésien a notamment pour objectif de redonner cette maîtrise.

Alors que les Chinois suivaient les saisons avec des mois lunaires avec une marge d'erreur de presque 30 jours, le calendrier milésien propose de suivre les saisons avec une marge de 4 jours. Il permet de plus d'anticiper la lune, ce qui est utile pour les fêtes anciennes et les marées. Il simplifie aussi le calcul des semaines, cycle fondamental de la vie en société.

Un calendrier performant peut-il aujourd'hui émerger ?

Les Chinois avaient, dès l'Antiquité, proposé un calendrier performant au service de l'agriculture, ce que n'avaient pas réellement réussi les Grecs. Jules César a proposé une solution radicalement nouvelle, dont la précision a pu être affinée avec la réforme grégorienne. Mais son calendrier ne représente qu'imparfaitement le cycle des saisons, et ne permet pas un lien facile avec les autres cycles.

Le calendrier milésien tend à résoudre ces faiblesses. Mais le poids des traditions lui permettra-t-il d'émerger ?

Vous, scientifiques, historiens, climatologues, êtes aujourd'hui la clé de cette question.

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