Chronos et Kairos, temps subi ou temps saisi

Kairos tente de saisir l'horloge milésienne

A quoi sert un calendrier ? A mieux connaître le temps qui passe, Chronos, pour mieux détecter l'opportunité qu'il faut saisir, Kairos.


Les anciens Grecs, à qui nous devons les fondements de la philosophie occidentale, n'ont pas moins de trois termes pour désigner les concepts de temps. Le plus connu est Chronos, le dieu primitif du temps dans lequel s'insère toute chose, temps qui se passe, c'est-à-dire qui se consomme à mesure qu'il se crée. Chronos est le père de tous les mondes, puisqu'il engendre Zeus, le père du Ciel et de la Terre (pour les Romains Jupiter, de Jovis Pater, en quelque sorte le père du jour), mais aussi Poséidon, dieu des mers, et Hadès, dieu du monde inférieur, séjour des morts. Chronos est aussi celui qui dévore ses enfants à mesure qu'il leur donne naissance. Ce temps qui passe, c'est le temps des astronomes, des ingénieurs, des horlogers, celui que l'on compte. C'est aussi le temps subi, qui nous échappe, qui fuit comme l'indiquent les devises écrites au bas de cadrans solaires: "Tempus fugit".

En contrepoint à ce temps qui se déroule inexorablement, les Grecs ont défini Aiôn, pour désigner ce qui est durable, éternel, permanent, j'allais dire intemporel. C'est aussi l'éternel présent, point d'intersection permanent du passé et du futur. 

Plus perceptible pour nous est le troisième concept, Kairos, l'instant que l'on saisit. Le dieu Kairos est représenté comme un jeune homme muni d'ailes et d'une abondante chevelure. Quand il passe devant vous, il faut l'attraper par les cheveux. Ce Kairos se traduit par Opportunitas en latin, et représente l'opportunité, le temps saisi. Avant ce temps, il n'est pas temps, après ce temps il n'est plus temps.

Notre civilisation rationnelle, industrielle et mécaniste tient à mettre le temps en mesure et en équation. Procéder ainsi, c'est ne s'intéresser qu'à Chronos. Certes, des progrès fulgurants ont été faits, notamment ces deux derniers siècles, rompant nos certitudes millénaires. Depuis la Relativité d'Einstein, nous savons que Chronos n'est pas à la même mesure pour tous. Le temps mesuré est différent pour ceux qui se déplacent les uns par rapport aux autres (Cette présentation animée à télécharger illustre cette idée). Plus récemment est tombée de son piédestal l'unité de temps que nous donnait la Terre elle-même dans son mouvement par rapport au Soleil. Non seulement la durée du jour varie avec les saisons, mais même la moyenne de la période de rotation propre de la Terre n'est plus une donnée absolue. Le jour moyen terrestre, temps moyen du retour de la Terre à une même position angulaire par rapport au Soleil, s'allonge d'environ 2 millisecondes par siècle. Impossible aujourd'hui de définir une mesure du temps avec une telle dérive. Quant à l'année tropique moyenne, elle s'allonge de 530 millisecondes par siècle. Du fait de ces évolutions, aucune règle d'intercalation solaire, c'est-à-dire aucune règle désignant quand il faut placer un jour supplémentaire dans l'année du calendrier, ne peut maintenir une synchronisation durable avec le cycle des saisons moyennes. Un futur article parlera de cette question.

Mais revenons au temps et à ses autres aspects. Pour nous, les Milésiens, le calendrier doit mesurer Chronos afin de nous permettre d'atteindre Kairos. C'est dans cet objectif qu'a été conçu le calendrier milésien.

Ainsi, la semaine est une mesure à sept temps qui coordonne les activités humaines sur l'ensemble de la planète. C'est en quoi il est tout à fait illusoire de vouloir remettre en question cette battue, ce que pourtant ont tenté de faire les révolutionnaires avec leur décade et le conseil économique et social mondial avec le projet de calendrier à jours épagomènes, qui échappaient au cycle des semaines. 

Les mois rythment les activités économiques, comme le paiement des salaires, les arrêtés de compte, les calculs d'intérêt, et aussi les analyses d'activité. La maille de l'année permet de comparer des  activités sur des cycles ayant des caractéristiques semblables. Il est loisible à un acteur économique de caler son début d'année civile ailleurs qu'en janvier, mais il doit le faire au début d'un mois. Or, les mois de notre calendrier grégorien ont été choisi sur la base du caprice de César: il fallait réutiliser les mois connus des Romains, et notamment respecter le mois de février de seulement 28 jours. C'est ainsi que la différence entre le mois le plus long et le mois le plus court atteint 3 jours, soit 10% du mois! De plus, le début de la première année julienne correspondait au début d'une lunaison, puisque les mois romains précédents étaient lunaires. Malheureusement, cette lunaison a commencé plusieurs jours après le solstice d'hiver cette année-là, en 45 avant Jésus-Christ (vous pouvez le vérifier avec l'horloge milésienne). Et depuis, certes les années civiles restent synchronisées aux cycles des saisons, mais avec un décalage de phase gênant.

Car des mois réguliers et en phase avec les saisons permettent de mieux connaître les effets de celles-ci. Sans éphémérides précises à la seconde, on peut alors approximer la durée du jour à toute période de l'année avec la simple règle des douzièmes. 

Par ailleurs, ces mois réguliers et ces bimestres de toujours 61 jours permettent d'anticiper de tête les phases de lune et donc les marées dans leur composante principale. On peut aussi maîtriser le jour de semaine de n'importe quel jour de l'année, comme on arrive à le faire dans un même mois.

Le mois de douzème qui s'ouvre nous emmène droit vers les fêtes de fin d'année. La lumière est à l'honneur dans les rues et dans les vitrines, avec Hanoucca (cette année au début d'unème prochain). Nous n'avons plus que 40 minutes de durée diurne à perdre, que nous retrouverons dans deux mois. 

C'est aussi la période de la vente de calendriers. Téléchargez le calendrier milésien 2020 sur notre site, ou passez commande. Impressionnez vos papetiers et marchands de journaux, qui ont la honte de ne pas avoir ce modèle en magasin. Donnez une copie du calendrier milésien aux démarcheurs divers et variés qui font du porte à porte.

Que cette lumière que l'on vous propose vous permette de moins subir Chronos. Vous pourrez ainsi mieux saisir Kairos pour cette fin d'année.

Commentaires

  1. Je trouve ton calendrier plus proche de la vérité du rythme des saisons dont j'ai le bonheur de suivre chaque jour la progression depuis mon observatoire privilégié de Joucas....

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