dimanche 14 mai 2017

Les saints de glace sont-ils à leur place ?

Le mois de mai, chanté par les poètes pour son agrément, donne lieu à des gelées qui peuvent être catastrophiques pour les activités agricoles. Quand ce danger s’écarte-t-il définitivement ?




Ce mois de quintème 2017 est plutôt maussade sur l’ensemble de la France. Bien que nous ayons gagné environ quatre heures de lumière entre le 1er tertème (20 février) et le 1er quintème (22 avril), nous avons du mal à quitter nos manteaux et nos laines, et il nous faut souvent prendre nos parapluies. Maints dictons régionaux mentionnent des « saints de glaces ». Un peu variables selon les régions, ces saints désignent des dates en mai où des gelées sont encore possibles. Certains croient même au retour systématique d’une vague de froid à cette période. La plupart des traditions parlent de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, respectivement les 9, 11 et 13 mai (18, 20 et 22 quintème). Le 14 mai, « le bon saint Boniface entre en brisant la glace ». Mais certaines régions restent vigilantes plus tard. La « kalte Sophie » est célébrée par les Allemands le 15 mai. Saint Bernardin, du 20 mai, est cité par la viticulteurs : « s’il gèle à Saint Bernardin, adieu le vin ». Saint Urbain, fêté localement le 25 mai, mettrait fin à cette période de fraîcheur. L’Église a déplacé les dates de plusieurs de ces saints, et on ne s’y retrouve pas toujours. Les jardiniers recommandent de ne pas sortir les plantes sensibles au gel avant la mi-mai.

Si on analyse certaines données climatiques publiées dans le cadre de European Climate Assessment & Dataset project (www.ecad.eu) en se référant au calendrier milésien, on constate que ce n’est qu’à la fin de quintème, (soit à partir du 21 mai) que la température minimale quotidienne ne peut pratiquement plus être négative dans les plaines françaises. 

Le schéma ci-après a été constitué à partir des minima de température journalière relevés par 21 stations situées en France à une altitude comprise entre 50 et 250 m, représentatives de la plupart de nos plaines. Les données prises en compte sont les données fiables enregistrées depuis 1920 pour certaines stations, jusqu’au 11 unème 2017 (31 décembre 2016). Sont représentés les minima enregistrés chaque jour de quintème et sextème, soit du 22 avril au 21 juin, ainsi qu’une ligne de tendance.
Klein Tank, A.M.G. and Coauthors, 2002. Daily dataset of 20th-century surface air temperature and precipitation series for the European Climate Assessment. Int. J. of Climatol., 22, 1441-1453. Data and metadata available at http://www.ecad.eu
Température minimale du jour en 5m et 6m

Sous réserve d’analyses locales plus détaillées, l’on constate que le risque de gelée en plaine est presque définitivement écarté à partir de début sextème. Les rares exceptions de températures négatives, jamais inférieures à -1°, concernent trois années particulièrement froides en mai, 1948, 1955 et 1961. En revanche, le dernier jour de quintème (21 mai) donne encore lieu à un froid inférieur à -2°, susceptible de provoquer des dégâts, enregistré en 1955 à Metz. Les minima antérieurs, qui correspondent à la période des saints de glace, arrivent à différentes années et en différents lieux.

Nos aïeux avaient raison de se méfier des saints de glace. Pendant cette période, le risque de gelée est toujours présent de manière diffuse, bien que l’on passe de 14 heures à plus de 15 heures de lumière diurne au cours du mois de quintème. Sur l’ensemble de la France, le danger de gelée ne s’écarte réellement qu’à partir de sextème, soit à partir du 22 mai, un peu plus tard que mi-mai. Encore une fois, le référentiel milésien est assez efficace pour signaler une rupture climatique saisonnière. Nous l’avons vu pour le cycle de la calotte glaciaire et pour la pulsation annuelle de la température de surface des océans. Sachons raison garder : il s’agit ici d’une particularité météorologique très locale. Toutefois, on peut raisonnablement penser que les phénomènes de plus long terme et de plus grande ampleur sont plus aisément visibles quand l’année tropique est divisée régulièrement et en phase avec les solstices et équinoxes. 

Voilà à mon sens une nouvelle occasion d’appeler les gestionnaires de données climatiques temporelles de proposer des agrégats par mois milésien plutôt que grégorien.

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