dimanche 23 octobre 2016

Saint Mellon, collabo converti.

La fête de saint Mellon ouvre le mois de onzème. Pourtant il n'avait rien d'un enfant de chœur!

Vous ne trouverez probablement pas saint Mellon sur vos calendriers alors que c’est le premier archevêque de Rouen ! Sa biographie est difficile d’accès, et comme d’habitude dans les hagiographies, on n’y lit que de belles et merveilleuses choses, uniquement à son avantage : infatigable prêcheur, il aurait tellement captivé un jeune élève que celui-ci, pour mieux l’entendre, serait monté sur le toit de la maison de son père, à Rouen, en serait tombé et mort sur le coup. Mellon l’aurait ressuscité en plein public, et le père du jeune miraculé aurait offert à la jeune Église sa maison, devenue le premier lieu officiel de culte chrétien à Rouen.

Il faut connaître les autres volets de sa vie, moins prestigieux mais qui en font un vrai saint. Il serait le fils d’un seigneur anglais, qui par la ruse et la force aurait pris le pouvoir sur une partie de la Normandie. L’Angleterre entretenait déjà une mauvaise réputation auprès des Français, au point d’ailleurs que certains ont francisé en Mélaine le nom de Mellon, peut-être pour effacer ses origines. Ce seigneur de Cardiff, levant des impôts avec la même violence que le roi Jean en l’absence de Richard Cœur de Lion, suggère au jeune Mellon de porter lui-même un don à l’empereur de Rome, la puissance occupante de l’époque, et de s’y faire bien voir afin d’augmenter son pouvoir. En somme, Mellon commence sa carrière comme succube de collabo. À Rome, il contacte des chrétiens, et est ébloui notamment par leur pratique de la solidarité : les plus riches mettent leur surplus en commun, afin que les plus démunis puissent vitre décemment. Nous pour qui sécurité sociale et la retraite paraissent normales, nous ne sommes plus éblouis par cela, jusqu’à nier les racines chrétiennes de notre civilisation.

Saint Martin à Cany Barville, siège de la paroisse Saint-Mellon
Saint Martin de Cany-Barville
Mellon se convertit et rentre en Normandie, où il commence à diffuser la religion nouvelle. Il est proclamé évêque à Rouen, son prédécesseur ayant été persécuté avant même d’avoir pu prendre son poste. Il n’hésite pas à prêcher dans des lieux hostiles aux idées chrétiennes, car son verbe fait hésiter ses interlocuteurs à lui imposer silence par la force. Ayant évangélisé Rouen, il se donne de nouvelles missions. C’est ainsi qu’il évangélise la région cauchoise. Les Cauchois étaient des gens cultivés, peu loquaces, industrieux, organisés. Ils ne s’entendaient pas avec les Rouennais, tant il est vrai qu’on s’entend rarement avec ses voisins.

Mort en 310 ou 311, il est inscrit au calendrier des saints au 22 octobre.  C’est en l’église Saint-Martin de Cany-Barville, en plein pays cauchois, siège de la paroisse Saint Mellon, qu’il est fêté ce dimanche 2 onzème 2016. Sa fête tombe le premier jour du mois emblématique de l’automne. C’est le jour où la durée diurne a, depuis l’équinoxe, perdu environ la moitié de ce qu’elle doit encore perdre d’ici le solstice d’hiver. Époque de couleurs et de promesses avant l’intermède hivernal.

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